
Cela vient des rêves, mais plutôt de ces moments où on rêve dans la ville.
Une silhouette, une architecture, un fou.
Ou notre propre malaise, ou l'incompréhension de ce qui se passe, où on va et pourquoi.
Collectionner ces moments. Aller au bout de ce qu'ils désignent.
Des fictions naissent, notes sur les hommes à repousse, notes sur les hommes instables, notes sur les hommes avec trop d'immobilité, notes sur les hommes porte etc, 48 fois.
La surprise aussi de l'intervention d'un prestidigitateur : c'était le premier texte, en fait, notes sur ce fameux prestidigitateur, sans savoir qu'il reviendra 5 fois pour nouer les récits.
Lecture de Jérémy Liron :
Sans doute le corps est une fiction que l'on se fabrique pour tenir ensemble les espaces et les temps dans lesquels on a lieu. Et le langage, verbalisation de ces plasticités. Et la ville, théâtre du corps. Sait-on lequel prolonge l'autre ?
De corps, on en change continuellement, avec l'âge, dans les usages que l'on en fait, ceux auxquels on l'oblige. Dans ses capacités, ce qu'il renvoie du monde et de soi. Et cette image mentale même que toute sa vie on apprivoise.
Dans ces brèves fictions, chaque fois un changement minime ou absurde, en induisant une expérience autre du monde, vous en modifie l'équilibre. Et ce léger décalage enclenche toute une série de déplacements possibles avec vertiges et étrangetés. On pense d'abord à des fantaisies. François Bon, lui, dit notes. Pareils que les très courts de Kafka ou son Champion du jeûne dont le « Fameux prestidigitateur » est une sorte de frère, quelque chose vous prend au ventre qui vous concerne dans l'étrange, dans la folie même dont on se tient au bord ou qui nous traverse sans qu'on sache. À peine décalées, ce sont nos propres vies qu'on voit surgir, comme dans la brisure d'un miroir. Ceux-là qui s'effritent, sont interchangeables ou fragmentés, ne sont pas uniquement dans les projections mentales du récit, mais au plus près de vous. Derrière le drôle et l'imaginaire, ça vous tombe dessus. Fictions du corps comme autoportrait plan large. Ou, empruntant à René Char ces vers du Nu perdu, « comme si tu revivais tes fugues dans la vapeur du matin (…) l'irréel intact dans le réel dévasté».
Texte de 4e page de couverture :
La ville est partout dans l'art, le film, le récit. On la voit comme spatialité, architecture, foule.
Mais qu'est-ce que la communauté change à nos corps ?
Et dans le rapport chacun à notre corps dans la ville, au présent de nos temps confus et sombres, avec prime au consensuel, au normé, à la surveillance, qu'est-ce qui change, quel est pour chacun d'entre nous l'inconnu de son corps ?
Et ce que nous portons d'autres images du corps, le prestidigitateur, l'acrobate de cirque ou de foire, nous aident-ils à nous projeter autrement dans la vie terne ?
C'était pour moi jusqu'ici une sorte de bastion interdit. Des auteurs comme Henri Michaux nous aident à nous y aventurer, et tout d'abord par une leçon : il n'y a que la fiction, le saut dans le fantastique, qui nous le permette.
F.B.